MotherStory Camille : créer, entreprendre, s’expatrier avec quatre enfants.

Camille est créatrice de bijoux et maman de quatre enfants. Ancienne architecte, elle a construit sa marque au fil de plusieurs expatriations, entre les États-Unis, l’Angleterre, la France et la Suisse, tout en gérant le quotidien d’une famille nombreuse. Dans cette MotherStory, elle raconte comment elle crée, entreprend et s’expatrie avec ses enfants, en trouvant un équilibre possible entre vie de famille, travail et transmission.

Peux-tu te présenter en quelques mots ? 
Je suis Camille de Soos, maman de quatre enfants et à la tête d’une marque de joaillerie lancée après un parcours d’architecte. Issue d’une famille d’artistes, l’envie de façonner des objets a toujours été là. Installée à Genève fin 2016, le défi est de trouver, chaque jour, un moment pour dessiner, mettre du Beau dans le quotidien et cultiver une certaine créativité. L’idée aujourd’hui ? Proposer des bijoux graphiques et éthiques, simples à porter, qui apportent juste ce qu’il faut de confiance aux femmes.

Avoir des enfants dans différents pays, est-ce que ça a changé ton regard sur la maternité ? 
L’expatriation avec quatre enfants, entre les États-Unis, l’Angleterre, la France et la Suisse, a été une école de la flexibilité. Pas de mode d’emploi universel, mais une nécessité : construire ses propres repères. Finalement, la « maison » n’est pas un lieu fixe, c’est la solidité du lien familial. C’est cette notion de lien durable qui guide aussi ma création des bijoux.

À la maison, tu es un peu à la tête d’une petite entreprise familiale. À quoi ressemble ton quotidien aujourd’hui ? 
À un joyeux bazar organisé ! Les journées oscillent entre la précision de l’atelier et la logistique d’une famille nombreuse. Entre une discussion technique sur l’or recyclé avec Aurore, ma partenaire bijoutière, et un atelier bricolage sur la table de la cuisine avec mes enfants le mercredi, il n’y a pas de cloison étanche. C’est cette vie-là, bien réelle, qui nourrit mon énergie.

Un équilibre pro/perso « toujours à la limite ». Qu’est-ce qui t’aide, concrètement, à ne pas basculer ? 
L’arrêt de la quête de perfection. Accepter que certains jours soient pour les enfants, d’autres pour les bijoux. Pour ne pas basculer, le secret réside dans de vraies pauses : une marche, du sport ou simplement couper le téléphone pour revenir au réel. L’objectif : faire de chaque jour une petite aventure et se donner régulièrement un petit compliment pour ce qu’on accomplit !

La créativité semble être un fil rouge très fort. Comment la transmettre aux enfants ? 
En les laissant manipuler les matières, explorer. Petite, l’aventure commençait déjà sur les plages bretonnes avec des colliers de coquillages ou des compositions homemade avec des boutons de ma grand-mère. Aujourd’hui, on chine, on assemble, on fabrique à la maison. L’idée est de leur montrer que créer de ses mains est une liberté géniale. Voir sa fille dessiner ses propres modèles est la plus belle des récompenses (co-production d’un futur bijou de la collection en cours !).

Architecture, bijoux, maternité… As-tu parfois douté de tes choix ? 
Le doute fait partie du voyage. Il y a eu des pauses, notamment pour mon quatrième enfant, et des retours en agence, la rénovation de notre maison. Mais le besoin de « faire » soi-même finit toujours par reprendre le dessus. Ce qui réaligne les choix, c’est le sens : savoir qu’un bijou aide une femme à se sentir bien dissipe les hésitations sur le changement de carrière.

Quels sont tes vrais points d’ancrage aujourd’hui ? 
La famille, mon socle immuable. Mes trois sœurs et ma mère sont mes piliers. La sororité avec mes amies pour partager les défis du quotidien compte aussi énormément. Et puis, il y a les objets qui ont une âme, comme transformer un bijou de famille hérité de ma belle-mère pour créer une nouvelle chaîne : c’est le pont parfait entre passé et présent.

Qu’est-ce que la maternité t’a appris sur toi, profondément ? 
Une capacité de résilience insoupçonnée. Gérer quatre enfants apprend la patience et l’humilité. Cela force aussi à rester fidèle à ses valeurs: pour transmettre l’épanouissement à ses enfants, il faut d’abord être bien dans ses baskets, montrer notre goût de l’effort et la valeur travail, cultiver sa propre identité de femme créatrice. Ils me poussent en dehors de ma zone de confort et j’ai simplement envie qu’ils soient fiers de leur maman !

Trois tips concrets d’organisation pour les familles nombreuses ?

  • L’anticipation du soir et de la semaine : Préparer les sacs et les tenues la veille pour protéger le calme du matin.
  • L’autonomie des enfants : Les laisser gérer les petites tâches pour alléger la charge mentale globale. Ne pas hésiter/culpabiliser de se faire aider par un baby-sitter, une nounou et compter sur elle comme un pilier de notre quotidien.
  • Le vide nécessaire : Sanctuariser 30 minutes par jour, sans écran et sans sollicitation, juste pour respirer / mettre « des barrières » à 20h le soir (il ne faut plus rien me demander !).

De quoi es-tu la plus fière – en tant que femme ? 
D’avoir osé lancer ce projet et d’être restée fidèle à des valeurs de durabilité. Réussir à transformer les dessins d’un été en bijoux précieux tout en gérant le quotidien est une vraie satisfaction. Montrer aux enfants qu’on peut changer de voie, se tromper et finalement se créer une vie sur mesure, qui a du sens.