À l’occasion de la Semaine Mondiale de l’Allaitement Maternel, Christelle partage avec nous son histoire. Après la perte de son premier bébé, l’allaitement est devenu pour elle bien plus qu’un moyen de nourrir ses enfants : un symbole de vie, de résilience et d’amour inconditionnel. Un témoignage bouleversant, que nous sommes très touchées de pouvoir vous partager.

Peux-tu te présenter en quelques mots, ainsi que ta famille ?
Je m’appelle Christelle, j’ai 41 ans. Je suis infirmière de formation, même si aujourd’hui je ne travaille plus dans le domaine médical. Je suis désormais cheffe d’équipe chez Vorwerk Thermomix. Je suis maman de trois enfants : une fille de 12 ans et demi, un garçon de 10 ans et une petite fille de 4 ans.
Ton histoire d’allaitement est très particulière. Peux-tu nous raconter ton parcours ?
Mon histoire n’est pas une histoire facile… En 2012, nous avons perdu notre premier bébé. Notre petite Amandine est décédée in utero et nous avons dû interrompre la grossesse à 24 semaines et 2 jours. Après sa naissance, nous avons pu la garder quelques heures près de nous. Puis est venu le moment où son berceau a quitté notre chambre.
Malgré les comprimés destinés à stopper la montée de lait, mon lait s’est mis à couler. Je me souviens de ces larmes en voyant ce lait tomber au sol, ce lait qui ne pourrait jamais nourrir mon bébé. Ce moment a été un véritable déclic. Je me suis dit : « J’aurais pu la nourrir… » Et je crois que c’est là qu’est née cette envie profonde d’allaiter mes futurs enfants.
Par la suite, j’ai eu trois grossesses, toutes marquées par un important retard de croissance intra-utérin.
Ma première fille est née à 33 semaines. Malgré cinq semaines de néonatologie, l’allaitement s’est très bien mis en place. J’ai commencé par tirer mon lait avant qu’elle puisse prendre le sein, puis je l’ai allaitée jusqu’à son sevrage naturel, un peu avant ses deux ans.
Mon fils Aurélien est ensuite arrivé à 29 semaines et 1 jour. Là encore, j’ai tiré mon lait pendant de longues semaines. À cause de ses problèmes respiratoires, je n’ai pu le mettre au sein qu’après deux mois de néonatologie. Nous avons également dû surmonter une confusion sein-tétine, avant de retrouver un allaitement complet. Lui aussi a été allaité jusqu’à ses deux ans.
Entre ces deux naissances et notre dernière fille, j’ai vécu deux fausses couches.
Notre petite dernière est née à 27 semaines et 3 jours, à la suite d’une prééclampsie sévère. Elle pesait seulement 490 grammes. Le lactarium du CHUV venait tout juste d’ouvrir. Immédiatement après ma césarienne, la consultante en lactation m’a proposé du lait de donneuse pour nourrir notre bébé en attendant ma montée de lait. J’ai accepté sans hésiter. Ma montée de lait est arrivée seulement dix jours plus tard. J’ai pu mettre ma fille au sein environ six semaines après sa naissance. Au début, il s’agissait simplement de tétées de contact : elle était encore beaucoup trop petite pour téter efficacement. Cet allaitement s’est poursuivi jusqu’à il y a quelques semaines… juste avant ses quatre ans, au moment de son sevrage naturel.
Y a-t-il un moment de ton parcours que tu n’oublieras jamais ?
Il y en a plusieurs…! Mais celui qui restera gravé à jamais est la naissance de ma deuxième fille, après la perte de notre premier bébé. Lorsque les soignants l’ont enfin déposée sur ma poitrine, environ deux heures après sa naissance, j’ai senti sa chaleur, son souffle et ses petites mains qui cherchaient mon contact. Après avoir connu le silence, tenir enfin un bébé vivant contre moi a été l’un des moments les plus forts de ma vie.
Je n’oublierai jamais le premier peau à peau avec chacun de mes trois enfants. En néonatologie, ces instants arrivent plusieurs jours après la naissance. À chaque fois, ils ont marqué le véritable coup d’envoi de notre relation.
Qu’est-ce que l’allaitement a représenté pour toi ?
L’allaitement a été profondément réparateur. Mes trois enfants étant nés beaucoup trop tôt, j’avais le sentiment de devoir continuer à les faire grandir… mais cette fois en dehors de mon ventre. Je me suis lancée dans un véritable combat pour pouvoir les nourrir. Dès mon retour de salle de réveil après mes césariennes, je demandais déjà un tire-lait. Je mettais mon réveil la nuit pour tirer mon lait. J’étais déterminée à produire suffisamment de lait pour eux.
Je suis convaincue que le lait maternel les a aidés. Aucun de mes enfants n’a développé de complications digestives majeures, l’une des préoccupations principales dans la prématurité. Mais au-delà de tout cela, l’allaitement représentait aussi la seule façon, à mes yeux, de me sentir utile. Personne ne pouvait remplacer mon lait. Personne ne pouvait remplacer leur besoin de contact avec moi. C’était comme retrouver une bulle rien qu’à nous deux, loin des machines et de l’hôpital. Nos moments à nous.
As-tu rencontré des difficultés ? Comment les as-tu surmontées ?
Toutes mes montées de lait ont commencé exclusivement avec un tire-lait. J’ai connu la peur de ne pas produire assez de lait, les baisses de lactation liées à la fatigue, au tire-allaitement, au stress et à la vie en néonatologie.
Mon fils a présenté une confusion sein-tétine, un vrai chamboulement pour moi, qu’il a fallu patiemment dépasser pour qu’il retrouve enfin les tétées au sein.
Notre dernière fille avait également un frein de langue très important. Il a fallu plusieurs semaines avant que les professionnels en reconnaissent l’importance et le coupent.
Chaque difficulté m’a demandé beaucoup de patience, de persévérance… et de confiance !
Une personne, une équipe ou une ressource t’ont-elles particulièrement aidée durant ce parcours ?
Je ne pourrais jamais citer une seule personne. C’est tout une communauté qui nous a portés.
Mon gynécologue Dr. Welti, puis le Professeur Baud au CHUV, les sages-femmes du service de grossesse à risque, les infirmières de néonatologie qui ont parfois pris soin de mes trois enfants au fil des années… Il y a aussi eu nos proches, nos amis, notre famille, et une amie très chère qui m’a énormément soutenue dans mon allaitement.
Avec le Professeur Baud, une véritable relation de confiance s’est construite. À plusieurs reprises, il a accepté d’attendre encore un peu avant de déclencher l’accouchement, parce que mon instinct me disait que ce n’était pas encore le moment. Il me répétait souvent : « Votre instinct ne vous a jamais trompée… alors je vous suis. » Je crois que cette confiance mutuelle a énormément compté dans notre parcours.
Avec le recul, quel message aimerais-tu transmettre aux futures mamans ou aux mamans qui vivent un parcours difficile ?
Croyez en vous et croyez en votre bébé. Écoutez-vous, peu importe ce que les autres vous disent. Vous êtes la maman, vous êtes celle qui connaît le mieux son enfant et ses besoins. Et surtout, faites confiance à votre instinct. Ne le faites jamais taire. À chaque grossesse, c’est lui qui m’a guidée. Je suis persuadée que c’est lui qui a sauvé mes bébés.
Si tu devais résumer ton histoire en une phrase, laquelle serait-elle ?
Un parcours jalonné d’épreuves, mais l’étincelle qui m’a permis de traverser tout cela a toujours été la foi en la Vie et en l’amour d’une mère pour son enfant, coûte que coûte.


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