MotherStory Lia : la dépression du post-partum et un amour qui se construit

La dépression du post-partum touche de nombreuses mamans, mais reste encore entourée de silence et de culpabilité.



Pour cette MotherStory, Lia, 39 ans, maman de Nora, 10 mois, nous raconte avec sincérité ce post-partum qu’elle n’avait pas imaginé, la prise en charge qui l’a aidée et ce lien avec sa fille qui s’est construit petit à petit. Un témoignage sans tabous, pour rappeler qu’aucune maman n’est seule.

Ce témoignage aborde la dépression du post-partum et des pensées suicidaires. Si ce sujet est difficile pour vous en ce moment, prenez soin de vous : des ressources de soutien sont indiquées en fin d’article.

Pour commencer, peux-tu te présenter et nous dire quelques mots sur ta famille ?

Je m’appelle Lia, j’ai 39 ans et je vis à Genève depuis environ quatorze ans. J’ai rencontré Dani le 31 mai 2024, lors d’un événement de travail. Ça a été un coup de foudre : j’ai su que c’était avec lui que j’allais faire ma vie. Je ne m’étais jamais imaginée maman, mais avec lui, l’envie de fonder une famille est venue très vite, et c’était réciproque. Un an après, j’étais enceinte, et Nora est née en décembre 2025.

Dani est mon meilleur ami. Et Nora est le bébé le plus sociable qui soit : elle adore les gens et elle rigole tout le temps.

Comment se sont passées ta grossesse et la naissance de Nora ?

Physiquement, ma grossesse s’est bien passée, à part beaucoup de nausées les premiers mois. Mais la prise de poids et les changements de mon corps ont été difficiles psychologiquement. À cela s’ajoutait une peur monstrueuse de l’accouchement. Pendant des mois, j’ai prévu une césarienne avec ma gynécologue, puis vers le septième ou huitième mois, j’ai décidé d’essayer la voie basse. Finalement, ça a été un accouchement de rêve : zéro douleur, un super accompagnement.

La deuxième nuit à la maternité a été terrible : Nora pleurait, je ne savais pas quoi faire et je n’arrêtais pas de pleurer.

Juste après la naissance, tu as traversé une période très difficile. Que vivais-tu à ce moment-là ?

Quand Nora est née, je n’ai pas ressenti cet amour envahissant que les gens décrivent. J’étais juste soulagée que ce soit fini. Je n’ai rien senti. J’avais peur de la toucher, alors je l’ai vite passée à Dani.

À la maison, Dani a fait maman et papa : c’est lui qui la calmait, qui faisait les câlins, le peau à peau. Moi, j’étais dans le côté technique.

Puis la tristesse est arrivée, surtout en fin de journée. Je pleurais pour rien et je me disais que c’étaient les hormones. Je me suis vite sentie prise au piège dans une vie que je ne voulais pas, et je regrettais tous les jours. Ce qui m’angoissait le plus, c’est que je n’avais pas d’amour pour Nora. Je prenais soin d’elle, en automatique, parce que c’était mon rôle, mais c’était comme s’il y avait une barrière entre nous.

Que s’est-il passé la semaine de la reprise du travail de Dani ?

Dani est resté trois semaines à la maison. Le vendredi avant sa reprise, il s’est absenté l’après-midi. Nora s’est mise à pleurer, j’étais en panique, je n’arrivais pas à la calmer. Je suis devenue comme un robot, incapable d’agir, à juste souhaiter qu’elle se taise, après lui avoir donné à manger et l’avoir changée. Je l’ai posée dans son lit et je me suis éloignée, parce que j’avais peur de pouvoir lui faire du mal. Sur le balcon, je ne voyais plus la lumière au bout du tunnel, je voyais tout en noir, m’imaginant que ma vie était finie, que j’étais prise au piège. J’habite au 7e étage, j’ai regardé en bas et j’ai pensé que ce serait plus simple si je sautais maintenant. Puis je me suis dit que je ne pouvais pas faire ça à Dani. Je l’ai appelé en pleurs : « Je n’y arrive pas. » Il est rentré tout de suite.

Après cet épisode, la sage-femme m’a fait un test. Elle a posé les mots en disant qu’il s’agissait très probablement d’une dépression du post-partum assez sévère, et qu’il fallait une prise en charge immédiate.

Comment s’est déroulée ta prise en charge et qu’est-ce qui t’a aidée à aller mieux ?

On m’a tout mis à disposition : la médication, le suivi avec la psychiatre et la psychologue, et l’Espace Accordages aux HUG. Au début, les médicaments étaient très forts, et je ne me souviens pas des premières semaines. La prise en charge était quotidienne : la psychologue au téléphone, la psychiatre une fois par semaine. Je n’avais pas le droit de rester seule avec Nora, alors on a pris une nounou, Dani s’est mis en arrêt à 50 %, et ses parents étaient à la maison avec moi le reste du temps.

Pouvoir mettre des mots sur mes sentiments m’a beaucoup aidée. Petit à petit, j’ai commencé à sortir la tête du brouillard.

Quelle place la bande dessinée La Remplaçante a-t-elle prise dans ton parcours ?

Je l’ai trouvée par hasard, en cherchant des livres sur la dépression du post-partum. Tout ce que racontait la fille de la BD, c’était exactement ce que je vivais. Ça m’a aidée à me sentir beaucoup moins seule.

À ce moment-là, je me disais : pourquoi je n’arrive pas à avoir cet amour pour elle ? Il y a un problème avec moi. Je m’en voulais beaucoup. Mais en fait, c’est plus commun qu’on ne le pense, et il faut en parler davantage.

Comment le lien avec Nora s’est-il construit ?

Je me souviens exactement du moment. Nora avait trois mois et elle a eu un vaccin. Elle a beaucoup pleuré, et là, j’ai eu un déclic : non, il faut que je la protège. C’est là que ça a commencé à changer. Ça coïncidait aussi avec le moment où elle commençait à répondre, avec ses petits sourires. Et petit à petit, le lien s’est construit.

Comment Dani et tes proches t’ont-ils accompagnée pendant cette période ?

Dani a été un envoyé du ciel. Il a porté énormément de choses sur ses épaules : sa fille qui pleure, moi qui pleure, mes angoisses, celles de Nora et les siennes. Si ce n’était pas lui, je ne serais pas là aujourd’hui, j’en suis sûre. Ses parents nous ont aussi énormément aidés. Aujourd’hui, je sais qu’il ne faut pas une seule personne, mais tout un entourage pour surmonter ça.

Nora a aujourd’hui dix mois. Avec le recul, que gardes-tu de ce post-partum et que dirais-tu à une maman qui traverse une dépression du post-partum ?

Avec le recul, les souvenirs que je garde de ce post-partum ne sont pas les meilleurs. J’ai l’impression d’avoir commencé à vivre ma maternité quand Nora avait déjà quatre mois. Mais c’est aussi grâce à cette période que je suis la maman que je suis aujourd’hui. Je l’aime de tout mon cœur, et je suis très fière de nous, de notre famille.

À une maman qui traverse ça, j’aimerais dire que c’est normal, que c’est une phase. Il faut être accompagnée et oser parler. À Genève, il existe tout un réseau de soutien pour les mamans en détresse, il faut juste demander, par exemple à sa sage-femme. Personne n’est seule.

Y a-t-il une phrase que tu aurais aimé entendre à ce moment-là ?

Il n’y a pas une phrase précise, mais une idée. Cet amour peut ne pas arriver tout de suite. Ce n’est pas un amour donné dès le début, c’est un amour qui se construit, avec l’entourage et surtout avec le bébé. On apprend à le connaître, à l’aimer, et vice versa. Cet état de dépression ne nous définit pas et ça finit par passer.

Ressources

Si vous vous reconnaissez dans ce témoignage, vous n’êtes pas seule. N’hésitez pas à en parler à votre sage-femme, votre gynécologue, votre médecin ou le pédiatre de votre bébé.

  • En cas d’urgence : 144
  • La Main Tendue : 143, écoute anonyme 24 h/24, 7 j/7
  • Espace Accordages (HUG), Genève : consultations pour les parents et leur bébé
  • Arcade sages-femmes, Genève : suivi et soutien des mamans pendant le post-partum
  • Periparto (periparto.ch/fr) : l’organisation à but non lucratif de référence en Suisse pour la santé mentale périnatale, de la grossesse jusqu’à la petite enfance
  • Santépsy.ch : portail romand d’information et d’orientation en santé mentale

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