MotherStory Lauren : accueillir un deuxième enfant à 43 ans.

Lauren est maman de deux filles, nées à huit ans d’intervalle. Après une première naissance prématurée, elle accueille un deuxième enfant à 43 ans. Elle partage un témoignage sensible sur une maternité vécue avec plus de recul, de confiance et de sérénité.

Peux-tu te présenter en quelques mots ? 
Je m’appelle Lauren Bouvier-Adler. Je suis la maman de deux adorables filles de 9 ans et 9 mois. J’ai 44 ans et je suis secrétaire générale de diabète genève, l’association qui lutte contre le diabète dans le canton.

Peux-tu nous raconter l’arrivée de ta première fille en 2017, et comment tu as vécu sa naissance prématurée ?
Notre première fille est venue au monde avec deux mois d’avance. Jusque-là, ma grossesse se déroulait sans heurts et, soudainement, on nous annonçait que les échanges placentaires déclinaient et qu’il fallait envisager l’accouchement. C’est un de ces rares moments dans la vie où les artifices se dérobent et nous laissent seuls face au réel dans toute son irrémédiabilité. C’est trop tôt. C’est injuste. C’est comme ça…

S’il y a eu des ombres, notamment la peine de la laisser dans sa chambre tous les soirs, elles se sont estompées, laissant s’épanouir les souvenirs de la joie de la rencontrer, sa lumière, sa détermination, sa soif de vie. En néonatologie, accompagnés par la formidable équipe du service, nous avons commencé à apprendre à être parents. Il faisait beau. Tous les matins, mon mari et moi cheminions ensemble par des rues pleines de soleil – le pont de Carouge, le quai Capo d’Itria, puis le boulevard de la Cluse – jusqu’à la maternité, tout à la fois fébriles et émus de la retrouver.

Comment cette première expérience de maternité a-t-elle marqué ton parcours de femme et de maman ?
Même si l’on me répétait que je n’y étais pour rien, il y a eu un sentiment de culpabilité de ne pas avoir pu mener la grossesse jusqu’au bout, comme les autres, d’avoir senti ma fille si fragile dans sa couveuse. Parfois, il s’invite encore.

Possiblement pour compenser – je suis une mère-louve, aimante et protectrice. Trop sûrement, même si mon aînée sait prendre progressivement sa liberté. La première année de sa vie, et un peu plus – nous avons fait quelques visites aux urgences, souvent pour pas grand-chose, quelques heures d’attente, le sourire bienveillant du médecin et le retour aux petites heures du jour. Au-delà de ces premiers temps, devenir mère, une première puis une seconde fois, m’a bouleversée. C’est l’aventure de ma vie.
Je me revois à l’orée de mes trente ans, feignant de ne pas être intéressée par les enfants pour mieux conjurer le sort. Pour me saisir sur ce point, mon mari aime à rappeler une phrase de Pierre Barbéris extraite d’une préface au Colonel Chabert : « Il regarde à l’intérieur des voitures exactement comme Lucien de Rubempré, et son cri de vengeance, comme toute son entreprise, ne vise nullement à changer le monde, mais à y prendre place. »

Huit ans plus tard, tu es devenue maman à nouveau à 43 ans : qu’est-ce qui t’a donné envie (ou confiance) de te lancer dans cette nouvelle aventure ?
Nous souhaitions avoir plusieurs enfants. Une famille pleine de bruit. Avec un je-ne-sais-quoi de différent de la conjonction des personnalités qui la peuplent. Et puis la vie vient quand elle veut. Nous sommes heureux qu’elle soit revenue. À 25, 34 ou 43 ans, plus tard si l’on peut, qu’importe !

As-tu vécu cette 2ème grossesse différemment, notamment avec le regard porté sur la maternité après 40 ans ?
J’ai vécu cette grossesse de manière aussi sereine que possible, en grande anxieuse que je suis, et j’ai surtout été très bien suivie médicalement, en raison des antécédents de prématurité. Pour l’anecdote, j’ai beaucoup apprécié que la Dre Willame parle de “grossesse précieuse” en lieu et place du terme de “grossesse gériatrique”, qui est à mon sens d’un autre temps.

Par ailleurs, au-delà de l’indéniable maturité acquise dans l’intervalle, être déjà mère – a fortiori d’une fille désormais bien loin des langes – empêche de s’y consacrer uniquement et nous détourne quelque peu de ce tête-à-tête. Il faut continuer de se saisir du quotidien. Ce fut non sans plaisir que j’ai laissé, outre le soin de s’occuper du chat – toxoplasmose oblige – à mon mari, une part des tracas et de la charge mentale. Néanmoins, pour nous trois, sortir de la séquence de la grossesse associée à la prématurité fut un soulagement.

Pour la naissance de ta deuxième fille, tu as vécu une césarienne participative : raconte !
Grâce à la maternité et à la Dre Caroline Daelemans des HUG, j’ai pu vivre une césarienne participative, une expérience vraiment unique. Au moment de sortir le bébé, le champ devient transparent : cela m’a permis de voir mon bébé naître et de la découvrir dès les premiers instants. Ce fut un moment unique.

Être maman à deux moments de vie très différents : qu’est-ce que cela a changé dans ta manière de vivre la maternité aujourd’hui ?
Être maman à deux moments de vie très différents est une chance incroyable. Aujourd’hui, je suis plus sereine, je relativise et je sais où sont mes priorités. Avec des enfants, il y a beaucoup d’imprévus et on apprend à trouver des plans B, C et D.

Quel message aimerais-tu transmettre aux femmes qui envisagent d’avoir un enfant après 40 ans ?
Si l’amour est là, allez-y ! Sous réserve de l’indéniable contrainte biologique, je crois que la lancinante question de l’âge est une injonction de plus pesant sur le corps des femmes. Devenons mères quand on veut, ou au moins quand on peut.