L’IVG fait partie de l’histoire de nombreuses femmes, mais reste encore difficile à raconter. Derrière une décision d’interrompre une grossesse, il peut y avoir des émotions, des questionnements, des croyances, parfois du soulagement, du deuil, et surtout une histoire intime que chacune vit à sa manière.

Pour cette MotherStory, Rosaria, 36 ans, maman de quatre enfants dont deux bébés anges, raconte son expérience d’une IVG vécue en décembre dernier. Elle revient sur les circonstances de cette grossesse, son parcours médical, les paroles qui l’ont profondément marquée, mais aussi sur la manière dont elle a choisi de vivre et de ritualiser cette étape. Rosaria nous livre un témoignage intime sur l’IVG, le choix, la maternité et la nécessité de pouvoir en parler avec davantage de douceur et sans jugement.
Pour commencer, peux-tu te présenter et nous raconter un peu ton histoire familiale ?
Je m’appelle Rosaria, j’ai 36 ans et j’ai quatre enfants : Alba, 4 ans, Selena, bientôt 2 ans, et deux bébés anges. Mon premier bébé s’est envolé très tôt pendant la grossesse, et j’ai vécu une seconde perte en décembre dernier, à la suite d’une IVG.
Comment as-tu vécu cette grossesse et pris la décision d’interrompre la grossesse ?
Cette grossesse est arrivée alors que j’étais très fatiguée par des nuits chaotiques de Selena, que j’allaitais encore. Elle n’était absolument pas prévue. Mon mari et moi avions parlé de vasectomie, mais cela prenait du temps.
Quand je lui ai annoncé que j’étais enceinte, son évidence était de ne pas le garder. Ça a été violent à entendre, même si, au fond, je ressentais aussi que je ne voulais pas poursuivre cette grossesse. Je me suis laissé quelques jours pour cheminer et toutes sortes de croyances et de peurs sont remontées.
Petit à petit, je me suis alignée avec ma décision. Pour moi, cette grossesse existait, et il était important de pouvoir fermer cette porte avec amour et gratitude.
Comment s’est passé ton premier accompagnement médical ?
J’avais prévenu l’assistante de ma gynécologue de ma situation. Pourtant, lors du rendez-vous, j’ai dû prononcer moi-même les mots : je voulais avorter.
Elle m’a alors dit : « Trois enfants, c’est bien aussi » et « J’aimerais bien prendre votre enfant, le donner à quelqu’un qui ne peut pas en avoir. » Elle m’a également demandé si ma maman était au courant et ce qu’elle pensait de ma décision. Puis elle m’a expliqué qu’elle était catholique et ne pratiquait pas ce type d’acte, avant de m’envoyer aux urgences.
Ces paroles m’ont profondément marquée. Quand une femme porte cette décision, je trouve que ce type de discours peut ajouter de la culpabilité et de la confusion à un chemin qui est déjà difficile.
Comment as-tu ensuite trouvé un accompagnement qui te correspondait ?
Je suis quand même allée aux urgences pour qu’il y ait une trace dans mon dossier au cas où j’aurais besoin d’être prise en charge, notamment en cas d’hémorragie. Mais je ne voulais pas vivre ce moment-là dans cet environnement.
J’ai alors cherché une autre solution, en contactant des amis et le planning familial. Les délais étaient trop longs. Finalement, une amie médecin m’a donné le contact d’une gynécologue qui avait une place trois jours plus tard.
Elle m’a accueillie avec beaucoup de douceur, m’a écoutée et m’a permis de prendre les médicaments chez moi. J’ai ainsi pu vivre ce moment dans mon intimité, comme je le souhaitais.
Comment as-tu choisi de vivre cette IVG ?
J’ai allumé une bougie, fait mes prières, écrit un texte pour ce bébé et fait un rituel autour de cette lettre. Pour honorer cette grossesse, j’ai reçu un soin rebozo pour honorer mon corps et j’ai aussi planté un arbre pour honorer le bébé.
C’était important pour moi de vivre pleinement ce moment et mon rôle de mère, avec douceur et beauté.
Après l’avortement, j’ai été sereine. J’étais soulagée et même fière d’avoir réussi à m’écouter.
Qu’est-ce que cette expérience a changé en toi ?
Cette expérience m’a donné beaucoup de force et m’a appris à écouter encore davantage mon corps, mon intuition et ce qui était juste pour moi.
Même si ma gynécologue n’était pas d’accord avec ma décision, je me suis dit : « Ce n’est pas elle qui décide, c’est moi et je vais le faire comme je le veux jusqu’au bout. »
Cela m’a aussi permis de comprendre que je pouvais être la maman de ces bébés anges et fermer ces chapitres dans la douceur, la gratitude et l’amour.
Quel message aimerais-tu transmettre aux femmes qui vivent une IVG ?
Je leur dirais de revenir à elles-mêmes, à leur boussole intérieure, et d’avancer pas à pas. Il y a tellement de choses qui peuvent parasiter une décision : le regard des autres, la religion, nos croyances, la culpabilité… Pour moi, il est important d’essayer de prendre cette décision dans l’alignement plutôt que dans la peur.
Je rends aussi hommage aux femmes qui se sont battues pour que nous puissions choisir. On y a le droit. Et je pense qu’on a aussi le droit de vivre ce choix dans la douceur et la beauté.
Que t’a appris cette expérience dans ton rôle de doula ?
Elle m’a permis de remettre en question certaines de mes croyances et de mieux comprendre ce que peut traverser une femme dans ce type de situation.
Pour moi, la notion de « double consentement » est devenue très forte : celui du bébé qui vient au monde, mais aussi celui de la femme qui porte cette grossesse.
Et surtout, j’ai compris encore davantage l’importance de l’écoute : « La beauté d’être doula, c’est d’avoir vraiment deux oreilles et une seule bouche. »
Notre rôle est d’écouter, de soutenir, de donner des ressources et des alternatives, sans projeter nos propres croyances sur la femme que l’on accompagne.

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