Maman Solo avec deux enfants et entrepreneuse.

Nous sommes convaincues qu’il est impératif de lever les tabous qui entourent la maternité. Grâce à vos témoignages, vous offrez un soutien précieux à toutes les femmes qui traversent ou ont traversé une épreuve similaire sans oser en parler. Merci pour elles, merci à vous.

Fond rose avec Sharing is Caring écrit dessus

Témoignage d’Olivia

 » Ma vie de maman a débuté en 2014. Cette année-là j’accueille le plus doux, divin, magique et merveilleux des cadeaux : ma première petite fille. Deux mois plus tard, Mon mari, mon bébé et moi partons nous installer à des milliers de kilomètres de la France, pour poser nos valises à Jakarta, en Indonésie. Fin 2015, j’attends mon deuxième bébé. Cette grossesse est très désirée, mais elle est aussi particulièrement compliquée.

Je souffre d’une pathologie qui s’appelle l’hyperemesis gravidarum, et qui touche environ 1% des femmes. Cela se manifeste par de très violentes nausées et des vomissements du soir au coucher, et même la nuit. Ambiance. Je régurgite tout ce que j’avale, le liquide comme le solide. Pour éviter tout risque de déshydratation, chaque jour je dois me rendre à l’hôpital de Jakarta, afin d’être mise sous perfusion.

Malgré tout, je maigris à vue d’œil. J’ai de sérieuses craintes pour mon bébé. Après 6 mois de grossesse éprouvante, les choses s’améliorent enfin. Nous déménageons à nouveau de pays, direction Singapour, où une adorable petite fille au teint lisse et doré, voit le jour quelques semaines plus tard.

L’aspect positif de ma grossesse, c’est que je n’ai pris que 7kg au total. En revanche, elle ne m’a pas laissée indemne. Cette période post-accouchement s’avère déstabilisante et a entrainé chez moi un réel chamboulement émotionnel. Le fait que mon bébé ne dorme que très très peu ne me facilite guère la tâche. Mais après tout, j’ai une vie idyllique sous les tropiques. Je n’ai pas le droit de me plaindre…

Un an après mon accouchement et à l’approche de notre retour en France, ce que jamais je n’aurais pu imaginer, arriva : mon couple part totalement à la dérive… Juin 2018, retour en France, à Paris. Je dois composer avec mon nouveau statut de « Maman solo ». Ma vie redémarre de zéro sur tous les plans.

Je renoue peu à peu avec mon réseau professionnel. J’informe les personnes autour de moi que je suis rentrée à Paris et que je suis à l’écoute de nouvelles opportunités. Titulaire d’une double formation en marketing/gestion et d’un diplôme de journalisme, pendant des années, je me suis épanouie dans ma vie de jeune cadre dynamique parisienne. Simplement entre-temps, j’ai eu deux enfants, et le hic c’est que désormais, je suis seule à les élever au quotidien. Etant donné le coût exorbitant pour faire garder ses enfants à Paris, je me sens quelque peu désemparée.

Le papa lui est toujours très pris par son travail, n’a pas le temps pour accompagner ses enfants à l’école ni pour venir les chercher. Le week-end, il s’en va à droite à gauche. S’il est inconcevable qu’une mère puisse faire de sa vie professionnelle une priorité, force est de constater que cela reste souvent admissible de la part de l’autre géniteur. Et même si certains papas assurent vraiment au quotidien, les mentalités n’ont pas beaucoup changé. En cas de séparation, nous les mamans, devons apprendre à tout gérer.

Je me retrouve seule à Paris avec mes filles, sans aucun soutien familial. Toutes les deux sont habituées à des températures beaucoup plus clémentes. A tour de rôle elles attrapent toutes les maladies infantiles possibles. Je me sens prisonnière de ma condition. Coincée.

En février 2019, je décide de franchir le pas de déménager avec mes filles sur la Côte d’Azur, à proximité de ma famille. Nous avions l’habitude d’y passer nos vacances lorsque nous habitions en Asie. Mes filles y ont leurs repères et s’y sentent très bien. De mon côté je me sens entourée et je trouve du réconfort auprès de mes parents. Cela m’aide à aller de l’avant.

La même année, je créé mon entreprise avec mon associée, dans l’édition jeunesse et les jeux pour enfants, 100% éco-responsable (www.monpetitatelier.fr). Le concept est de permettre aux professionnels d’améliorer l’accueil réservé aux enfants sur leur lieu de travail. Je continue à consacrer du temps à l’écriture, en écrivant des livres pour enfants, qui sont inclus notamment dans les kits que nous proposons. L’une des volontés de Mon Petit Atelier est de sensibiliser les enfants à l’écologie à travers la lecture et le jeu. Au départ je me dis que le fait d’être chef d’entreprise me permettra de mieux organiser ma vie auprès de mes filles.

Me voilà donc plongée dans un tourbillon administratif… Les débuts sont très prometteurs… Et puis au fil du temps on entend parler de « pandémie » et de mesures drastiques qui pourraient bien se mettre en place… On sent bien que ça commence à se corser mais pour l’instant tout cela reste abstrait. Et puis bim, le confinement nous claque la porte au nez. Les enfants avec. On en profite pour améliorer notre offre et la diversifier. Fin du confinement. Les premiers appels tombent. Nous sommes submergées de retours réconfortants. Le monde est à nous. Ou presque.

Mercredi 28 octobre 2020. Nouveau coup de massue. Nous voilà donc repartis pour plusieurs semaines de confinement. Depuis mon retour en France, j’ai la sensation d’être dans un grand huit émotionnel permanent. La suite on la connaît. C’est donc dans ce contexte là que j’ai créé mon entreprise. Simplement, devoir affronter des difficultés, ça stimule aussi la créativité. C’est pourquoi nous avons profité de la période pour lancer une offre destinée aux particuliers.

Aujourd’hui j’ai l’impression de gérer deux journées en une. Chaque matin le réveil sonne à 6h45. Je commence par me préparer, puis à 7h la journée commence pour mes filles. Nous avons la chance de pouvoir nous rendre à l’école à l’école à pied. A 8h40 environ je suis de retour à la maison et ma journée de travail débute.

Fin de journée. Je vais cherches mes filles et puis tout s’enchaîne jusqu’au moment du coucher. Préparation du dîner, les devoirs, le bain, le dîner, jusqu’au moment du coucher. Au moment de fermer la porte de leur chambre, je peux enfin souffler. Ou presque. A 21h je m’accorde une pause, avant d’être très souvent tentée par l’idée de remettre le nez sur mon écran d’ordinateur.

Elever seule ses enfants, nécessite de tout devoir gérer, seule. Sur le plan de la paperasse, c’est pareil. Personne. Même une toute petite lettre à glisser dans la boîte aux lettres ? Non, personne. Avec le temps je fais tout assez vite et machinalement. La règle d’or c’est l’organisation. J’essaie d’aller droit au but, d’être efficace. Tout le temps. J’essaie de ne pas me perdre dans les choses qui ne sont pas essentielles. J’ai souvent l’impression d’être en mode pilote automatique.

Cela me manque parfois de n’avoir personne à mes côtés et à qui parler pour raconter mes journées. Tout comme les bonnes discussions et petites plaisanteries avec les collègues. Mais c’est peut-être la seule chose que je regrette. Heureusement, j’ai la chance d’avoir des parents qui sont conscients des difficultés de mes journées et qui sont présents pour mes filles à certains moments de la semaine. Même si bon, ça c’était avant le COVID…

Dans tout cela, je ne veux pas perdre de vue la chose la plus essentielle : savourer les bons moments passés avec mes enfants. Les observer, changer, grandir. Ne pas perdre un mot de ce qu’elles me racontent, comme sur le chemin de l’école par exemple. J’ai de la chance d’avoir de magnifiques tornades à mes côtés, remplies de tendresse et de joie de vivre (avec leurs humeurs et leurs crises aussi à gérer en bonus). C’est ça mon essentiel, qui se conjugue à l’idée de devoir assurer dans ma vie professionnelle, pour elles. Certes, mes filles me prennent de l’énergie, mais elles m’en donnent aussi à profusion. Les entendre rire aux éclats me suffit parfois à relativiser les soucis du quotidien.

Dans une entreprise il y a des hauts et des bas et finalement, mes filles savent aussi me consoler à leur manière quand ça ne va pas. Un peu comme elles, je pourrais facilement passer du rire aux larmes, mais je suis heureuse d’avoir relevé ce défi de maman entrepreneuse.

Et puis, comme dirait ma fille aînée, « on est bien toutes les trois ». On est un clan, on est une équipe ! »

Vous souhaitez témoigner ? MotherStories est là pour vous !
Envoyez-nous votre histoire.