Feliz maman pour la première fois à 46 ans!

Cela faisait un moment que nous souhaitions interviewer une maman qui a eu une grossesse tardive. Peut-être par pudeur ou simplement par rareté, nous n’en trouvions pas jusqu’à Feliz. Quand nous l’avons rencontré et qu’elle nous a révélé son âge, impossible de la croire ! Elle paraît beaucoup plus jeune et elle l’est quoi qu’il en soit dans sa façon d’être et de vivre. Feliz nous prouve que la maternité est avant tout un état d’esprit et qu’il n’y a pas d’âge idéal pour ça. Dans cet article, elle se dévoile, nous raconte sa vision de la maternité, sa carrière et balaie avec style clichés et idées reçues. You rock Feliz !

Feliz, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis américaine et suisse après avoir vécu ici pendant près de 15 ans. J’ai 49 ans, je suis mariée et j’ai un fils, Candide, âgé de 2,5 ans. J’ai étudié la Communication Arts & Design, puis j’ai obtenu un MBA. Après avoir travaillé comme designer puis comme directrice artistique à New York pendant 10 ans, je suis venue à Genève pour des vacances d’été en 2005 où j’ai rencontré l’homme qui est aujourd’hui mon mari. Ici, j’ai principalement travaillé sur des mandats dans la communication, le branding et le packaging. Depuis que je suis devenue maman, j’ai commencé à enseigner à temps partiel l’anglais, les arts visuels et le luxe dans les secteurs publics et privés.

Tu as eu ton premier enfant à 46 ans, as-tu toujours voulu en avoir ?
En fait, l’idée d’avoir des enfants (ou un enfant) n’a jamais été une question prioritaire pour moi. Ce qui est sûr c’est que ce n’était pas « mon projet de vie » ! Je n’ai même jamais rêvé d’un mariage traditionnel.

Ce n’est qu’à l’âge de 27 ans environ, après avoir passé du temps avec mon premier neveu, que je me suis projetée, un jour, avec un petit être humain comme ça dans ma vie. Ma maman était une mère célibataire avec trois enfants et notre vie a souvent été difficile. J’ai grandi dans une situation financière précaire, sans père, ni soutien financier de sa part. Cela a eu un impact énorme sur ma vision de la vie.

Ma mère croyait farouchement en l’indépendance et m’a inculqué cette valeur. Pourtant, le rêve de construire ma carrière et de pouvoir subvenir à mes besoins « correctement » avant d’éventuellement mettre un enfant au monde était davantage une question de nécessité que de simple fierté. Si je n’y arrivais, à mes yeux, je n’étais pas faite pour avoir un enfant. Cela me semblait être un raisonnement responsable et réaliste.

Une fois que tu as trouvé LE bon compagnon et que vous avez voulu devenir parents, es-tu tombée enceinte facilement ?
Après avoir essayé de ne pas tomber enceinte pendant des décennies, je pensais qu’il serait facile de tomber enceinte. J’ai toujours été capable de maintenir mon poids, de manger sainement, d’éviter de fumer, de faire de l’exercice régulièrement… alors j’ai pensé que je serais une bonne candidate. Et bien je me suis fait des illusions ! Je suis tombée enceinte pour la première fois à 40 ans mais mon corps n’a pas suivi et j’ai fait une fausse couche.

Comment as-tu vécu ta (tes) fausse(s) couche(s) ?
Bien que la première grossesse soit arrivée par surprise, cette première fausse couche a été la plus difficile. J’étais à 2,5-3 mois, nous pensions naïvement que nous pouvions nous laisser emporter et commencer à rêver de cet enfant qui allait venir. Ce jour-là, nous lui  avons acheté un petit jouet japonais en soie. Ce soir-là, je l’ai perdu. L’intervention a été très difficile. Mon mari est resté près de moi tout le long puis il s’est occupé de moi plusieurs jours. Il m’a préparé son fameux canard au miel pour me remonter le moral. L’expérience a été dure pour lui aussi, alors nous avons passé du temps ensemble pour surmonter cette épreuve.

Nous espérions vraiment une grossesse naturelle et avons essayé pendant longtemps. Malheureusement, après une troisième fausse couche nous sommes allés chercher de l’aide. 

Après une tentative de FIV ratée à Genève, nous avons décidé de partir à l’étranger, principalement pour des raisons financières. Nous avons eu deux tentatives infructueuses dans une clinique de Brno en République Tchèque et nous avons finalement essayé une clinique étonnante et très professionnelle en Espagne. J’y ai fait ma FIV puis je suis rentrée à Genève pour tous les contrôles classiques avec mon gynécologue.

Comment as-tu vécu le traitement hormonal ?
Pendant la FIV, je ne me souviens pas que cela ait été inconfortable. Je n’aimais pas les injections, les ballonnements et la prise de poids, bien sûr, mais je ne me souviens pas avoir connu les montagnes russes hormonales dont j’ai entendu parler chez certaines femmes. Mais encore une fois, ma vie ne sont QUE montagnes russes hormonales, donc je n’ai pas remarqué de changement particulier ! Ha,ha 😛

Quand je suis finalement tombée enceinte, nous commencions la rénovation d’une vieille maison. Je n’ai pas eu le temps de me détendre et même si c’était un peu stressant, c’était peut-être mieux ainsi. J’ai continué à travailler tous les jours à la maison, à gérer les travaux et à tout trouver, de la baignoire et des robinets jusqu’à la porte d’entrée. 

Plus la grossesse avançait, plus j’étais fatiguée. J’ai commencé à m’endormir plus tôt car il était difficile de trouver une position confortable et j’avais un terrible reflux gastrique qui rendait tout sommeil très difficile. Il était presque impossible de manger après 15 heures (sans exagération) et je dormais à un angle de 45° car le fait d’être allongée déclenchait un reflux brûlant. Pour me sentir mieux, je buvais beaucoup d’eau et je marchais en portant une ceinture de maternité qui me soutenait et m’aidait énormément.

As-tu parfois l’impression de vivre en marge de la société (à propos du fait que tu as eu ton enfant plus tard par rapport à la « norme » en Suisse) ?
En Suisse, j’ai entendu de nombreuses femmes parler de la maternité comme étant LA priorité dans leur vie. Depuis mes 30 ans, sans enfants, on me demandait : « Pourquoi vous et votre mari ne voulez-vous pas d’enfants ? », « N’êtes-vous pas un peu vieille pour ne pas avoir encore eu d’enfants ? », « Pourquoi votre mari ne veut-il pas d’enfants avec vous ? ». J’ai entendu un groupe (mixte mais principalement masculin) lors d’une fête dire que c’était une abomination pour une femme d’avoir un enfant à presque 50 ans. 

Quand je suis arrivée de New York à Genève à l’âge de 36 ans, la mentalité de TOUTES mes amies féminines, moi y compris, était… C’est okay si vous voulez un enfant et une famille, mais ce n’est pas nécessairement une priorité. New York est un endroit difficile pour élever des enfants et une femme intelligente réfléchit à la façon dont elle va gérer cela avant de construire une vie de famille. Mes perspectives de vie ont largement été influencées par cette philosophie au même titre que mon histoire personnelle.

Cette partie du monde est plutôt conservatrice et peut-être que je suis en train d’offenser une certaine vision de la maternité qui peut mettre les gens mal à l’aise. Heureusement, les mentalités sont en train de changer.

Tu t’es concentrée sur ta carrière dans la première partie de ta vie. Rétrospectivement, penses-tu qu’elle soit compatible avec la maternité ?
Curieusement, le problème n’est pas que la carrière soit incompatible avec la maternité mais plutôt que nous avons construit une société qui est généralement incompatible avec elle. Non seulement, la société dans laquelle nous vivons privilégie les valeurs patriarcales et workaholiques qui impactent actuellement notre monde, mais elle établit également des divisions assez strictes sur les rôles des femmes en tant que mères et des hommes en tant que pères. Ces rôles sont dépassés, tant pour l’un que pour l’autre. De nombreux hommes aimeraient participer davantage à l’éducation de leurs enfants et de nombreuses mères aimeraient et pourraient mener une carrière brillante en parallèle. Et pourquoi ne pas pouvoir aussi simplement passer du temps de qualité avec ses enfants ? C’est possible, c’est simplement une question de perspectives.

Aujourd’hui que je suis maman, ma vision du travail a changé et aucun poste ou opportunité ne pourraient me détourner de la joie de vivre tous les petits bonheurs du quotidien avec mon enfant. Je veux savourer pleinement cette période de ma vie. J’ai souvent entendu: “il faut en profiter, ça passe si vite”. C’est tellement vrai et je veux savourer chaque instant.

Souffres-tu parfois du regard ou des remarques d’autres personnes, en particulier d’autres mères ?
Je n’ai pas vraiment souffert de remarques ou du regard des autres. Une fois, quelqu’un a essayé de demander poliment si l’enfant était le mien ou… sans finir sa pensée. Les gens osent rarement donner leur avis ouvertement. Sinon, vers la trentaine, j’ai subi les remarques de mes jeunes collègues féminines. Je n’adhérais manifestement pas à leurs standards et elles ont essayé de miner ma confiance.

Je trouve que les femmes de mon âge sont plus compréhensives et ont une vision plus nuancée de la vie, de la maternité, des enfants.

Penses-tu qu’avoir un enfant à la fin de la quarantaine est égoïste ?
Le monde est composé de toutes sortes de familles et de toutes sortes de parents dont beaucoup se révèlent être de terribles parents. Si vous voulez vraiment être parent et que vous pouvez offrir un foyer sain à un enfant, vous êtes déjà avantagé. L’âge n’est pas ce qui compte dans l’éducation des enfants. Ce qui compte, c’est la force, la compassion et le dévouement à long terme. Je crois fermement à l’adoption, et aux familles recomposées. Une famille, c’est quelqu’un qui vous aime et que vous aimez… Pas nécessairement un père, une mère et un enfant.

En fin de compte, est-ce différent d’avoir un enfant à 46 ans ou à 36 ans ?
Bien sûr, il y a les aspects physiques : je pense que j’aurais peut-être récupéré plus vite après la naissance. Et maintenant, en rétrospective, j’aurais aimé avoir ce magnifique petit enfant avec moi plus tôt parce qu’il m’apporte tellement de joie et de beauté dans ma vie. Mais, je n’étais pas prête à 36 ans. J’ai dû laisser ma vie se dérouler comme elle l’a fait pour arriver là où je suis maintenant et j’en suis reconnaissante.

Evidemment, j’ai pensé au fait que lorsque mon fils aura 25 ans, j’en aurai plus de 70. J’espère que, grâce à ma génétique et à mon mode de vie, je serai encore forte et énergique. En outre, mon mari est un peu plus jeune que moi. Nous sommes très fusionnels, et nous faisons ce travail parental ensemble.

Feliz, que pouvons-nous te souhaiter de meilleur aujourd’hui pour demain ?
Que Trump soit destitué (rires). Plus sérieusement, j’espère qu’un jour la société reconnaîtra l’importance de la maternité et de la famille. Une fois qu’elle lui aura fait une place, elle aidera mieux les hommes/pères à prendre leur place et à soulager une partie de la charge mentale des femmes. Elles pourront ainsi aspirer plus facilement et librement à une carrière, une maternité ou les deux.

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